ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc


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Prendre le temps

Crédit photo : Neil Krug via photopin cc

Pour faire une pause

Pour souffler

Pour me ressourcer

Pour partir

Me nourrir

Pour revenir

Enrichir

Pour apprendre

Pour échanger

Pour partager

Pour collaborer

Pour débattre

Pour rencontrer

Pour découvrir

Pour approfondir

Pour apprendre

Pour réfléchir

Pour prendre du recul

Pour m’organiser

Pour planifier

Pour bousculer

Pour apprendre

Pour m’approprier

Pour pratiquer

Pour ancrer

Pour créer des routines

Pour progresser

Pour apprendre

Pour mesurer

Pour m’étonner

Pour évaluer

Pour parcourir

Pour m’arrêter

Repartir

Pour apprendre

Pour pousser

Pour grandir

Pour semer

Crédits photos : Swamibu cc / Stuck in Customs cc / FotoRita [Allstar maniac] cc / Steve took it cc / Denis Collette…!!! cc / ·BigGolf· cc


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La routine est-elle un défaut ?

Je viens de lire le billet de Jean-Marie, lié à une conversation que nous avons eue voici quelques jours.

La Mooc ITyPA serait devenu routinier pour certaines parties, tant au niveau des apprenants qu’à celui des animateurs. Ceci, parce que certaines tâches demandent moins d’effort qu’au début (ouf), parce que l’écriture apparaît moins urgente, que nous ne sommes plus dans l’excitation des débuts mais dans quelque chose qui tourne. Que nous n’avons plus (ou moins) besoin d’y passer nos jours et nos nuits pour que ça tourne. Jean-Marie semble repérer le même sentiment chez les participants, qui écrivent moins (ah bon ?), moins nombreux. La communauté se resserre. Nous ne sommes plus capables d’intéresser des personnes nouvelles et parmi ceux qui étaient là depuis le début, certains sont bien silencieux.

Bref, le Mooc ITyPA serait devenu "normal". Jean-Marie a l’air déçu.

Si le Mooc était…

Si le Mooc était un jardin (voir mon billet précédent), il se préparerait à passer l’hiver.

Si le Mooc était un meuble à construire, nous en serions sans doute à passer les couches de vernis. Une couche – on attend que ça sèche – on ponce – une autre couche – on attend que ça sèche – on ponce – etc.

Si le Mooc était la saga Harry Potter, nous serions à la fin du tome 5, dans les longs développements qui font comprendre que Harry grandit et qu’il ne comprend plus rien, qu’il est plein d’incertitudes.

L’acte créatif est passé. Les premiers essais, réalisés le coeur battant de peur que ça ne marche pas, aussi.

En refusant la posture du prof qui finalement, ne se pose pas la question de savoir quelle est la partie la plus intéressante de son cours, aurions-nous endossé les habits d’animateur de spectacle ? De réalisateur de film ?

Défricheurs contre organisateurs de comptoirs

Je vois dans la posture de Jean-Marie celle du défricheur, celui qui ouvre des voies à la machette et trépigne dans le bateau qui aborde des rivages inconnus.

Personnellement, je me vois aussi dans la posture de celle qui va installer les comptoirs (des comptoirs coopératifs, évidemment !), faire que tout l’effort consenti rapporte quelque chose, régulièrement. Et là, la complexité commence. Les tâches ingrates aussi.

Mais attendez : il se passe encore beaucoup de choses sur ce Mooc. Simplement, les tâches du début sont devenues plus simples. Elles se sont routinisées, ce qui est indispensable si on veut libérer son esprit pour des choses plus complexes, qui donneront des résultats à moyen terme.

Puisque décidément j’aime bien les métaphores, je dirais que je suis au volant d’une voiture. Depuis le temps que je conduis, je n’ai plus besoin de me concentrer sur les opérations qui permettent à la voiture d’avancer (mettre le contact, passer les vitesses -ah non, j’ai une voiture automatique-, signaler les changements de direction, freiner quand c’est nécessaire, etc. ); je peux me concentrer sur le choix du meilleur chemin pour arriver à destination (ce qu’un élève préparant son permis de conduire ne peut absolument pas faire), et même discuter avec mes passagers. Mais je n’ai pas oublié les opérations désormais routinisées : en cas de besoin, je peux freiner sec, faire un créneau compliqué, etc.

Sans routine, pas de place pour la complexité

Et dans le Mooc, il me semble que nous sommes arrivés à une étape remplie de complexité. Les apports venus de toutes parts s’accumulent, je ne parviens plus à synthétiser rapidement dans quelques formules simples. Je vois du Mooc partout : spontanément, mon esprit tente d’appliquer le schéma du cours libre et ouvert en grand groupe à toutes sortes de situations d’enseignement et de formation. Je suis passionnément les échanges et productions collaboratives d’un groupe de participants engagés dans les pad ITyPA. Je lis toujours des billets intéressants, déroutants, stimulants. Je participe à des discussions sur la liste "observateurs" (en gros, des enseignants-chercheurs) d’ITyPA. J’essaie, et ce n’est pas facile, de donner envie à tout le monde de capitaliser, de faire de cette expérience un objet utile à tous ceux qui voudront à leur tour se lancer dans la mise en place de Moocs. Et je sis certaine que beaucoup de participants ont une activité mooquienne au moins aussi dense.

Tout cela est peu visible. Et je suis bien d’accord avec Jean-Marie sur le fait que nous devons trouver des idées d’activités qui relanceront l’attention et l’envie de partager. Mais de grâce, pas une par jour. Laisse-nous le temps de travailler dans l’ombre, sur des sujets à explorer dans la durée. Et ne t’en fais pas, quand on montrera, tous, les résultats, ça va faire des feux d’artifice.

photo credit: NicolasD. via photopin cc


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ITyPA, La routine ?

On a vu apparaître la semaine dernière plusieurs articles de participants qui se posent des question sur la persistance de leur engagement, sur la continuité de leurs apprentissages avec des titres évocateurs (il en est où mon blog ?, De la chrysalide de l’information au papillon du savoir, L’individu est-il soluble dans le collectif ?). En général, c’est pour mieux rebondir puisque c’est l’introduction d’un nouvel article. Mais le phénomène est bien là, on rentre dans une routine.

Ceux qui écrivent ces billets font part soit d’une lassitude, soit d’un changement de type d’activité en explorant des démarches plus participatives, des modalités différentes qu’ils s’imposent. Reste que ceux qui n’ont pas ce courage marquent sans doute la pause.

Routine qui se trouve être dans les gènes même du cours, puisque chaque semaine on aborde un nouveau sujet, qui s’il est dans la continuité de la problématique et s’il correspond bien à une dimension plus « avancée » est bien présenté de manière répétitive. Sur une telle durée, il faudrait sans doute des trucs pour renouveler l’intérêt de la communauté, sous peine de la voir fondre progressivement. Cette fonte progressive est le lot de toutes les formations en ligne, il y a donc un vrai enjeu à identifier des « trucs » qui permettent aux participants de revenir, de se raccrocher, de se remotiver.

L’idée de capitalisation est une activité nouvelle, cohérente avec les étapes actuelles, plus sociales, mais ce n’est pas vraiment une étape de relance.

Routine, qui me semble-t-il est également apparue chez les animateurs. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il n’y a pas de baisse de motivation. Simplement, le MOOC est devenu une activité quotidienne. Chacun assure sa tâche, relance les échanges, mais l’excitation du démarrage est passée , le niveau de « noyage » est devenu normal. Finalement, ITyPA devient un cours normal, avec ses imperfections, sa routine, ses moments d’échanges passionnants.

 

Crédit photo ; This Routine is Hell @ Kabaal am Gemaal 2009 par Clownhouse III licence CC-by


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Les jardiniers de l’apprentissage

Aujourd’hui, Caroline Jouneau, qui est enseignante, blogueuse et cette année étudiante en Master Architecture de l’information à l’ENS de Lyon, a réalisé une interview vidéo de l’équipe d’animation d’ITYPA.

À l’origine de cette entrevue, le souhait d’analyser, dans le cadre du module e-learning du Master pré-cité, le dispositif du Mooc ITYPA. Nous nous sommes donc retrouvés, Anne-Céline, Jean-Marie et moi (Morgan étant retenu par ses nombreuses et palpitantes activités ailleurs) dans un Hangout avec Caroline.

C’était la première fois que nous avions l’occasion de réfléchir ensemble devant un tiers au dispositif mis en place pour ce premier Mooc francophone. Par ses questions, Caroline nous a grandement aidés dans cette tâche. Tout au long de l’entrevue, nous avons constaté qu’il était difficile de raisonner sur un Mooc comme sur les autres dispositifs de formation en ligne. Car tous les fondamentaux de l’enseignement académique sont remis en question dans un Mooc connectiviste. Les Mooc académiques, les xMooc, sont d’ailleurs en train de changer : sur Coursera, on trouve maintenant des cours qui font une très large place aux productions des  participants et les encouragent à apprendre ensemble, sur un principe de communauté apprenante.

Un Mooc vit de manière cruciale grâce à la communauté (ou aux micro-communautés) qui se crée autour des différents sujets abordés, mais aussi grâce à son environnement. Il y a là des choses à creuser, pour mieux caractériser l’environnement d’un Mooc par rapport à ceux qui accueillent des communautés d’apprentissage d’autres genres. On constate que les fournisseurs de solutions LMS sont entrés dans la valse des Moocs, ne souhaitant évidemment pas laisser les institutions éducatives seules aux commandes de ce qui promet de se développer considérablement. Si l’environnement technique d’apprentissage est une donnée essentielle (notre choix de site "monacal", selon les termes de JM Gilliot, étant justifié par notre encouragement à publier à l’extérieur, sur le web public), l’environnement pédagogique l’est tout autant. En m’efforçant de décrire notre posture d’animateurs plutôt que d’enseignants sur le Mooc ITYPA, le terme de "jardiniers" m’est venu aux lèvres : nous ne poussons pas, nous faisons que les plantes poussent, que chacune se développe harmonieusement à côté des autres, que l’espace ne soit pas phagocyté par une espèce invasive, que le terreau soit suffisamment riche, que les intrants (bios, évidemment !) ne grillent pas les petites pousses, que l’eau soit distribuée en fonction des besoins… Je pourrais filer la métaphore encore beaucoup plus loin, mais je m’arrête là. L’animateur d’un Mooc doit porter la plus grande attention à l’environnement des apprentissages. Cela passe moins par un souci esthétique, trop présent à mon goût dans l’offre logicielle éducative, la forme prenant la place du fond, que par le souci de faciliter la circulation, les connexions, la sérendipité. En cela, notre environnement ITYPA ressemble plus, comme l’a justement dit Caroline, à un jardin anglais qu’à un jardin à la française. Le jardin anglais n’est pas rangé, ordonné comme un jardin à la française. Lorsqu’on chemine entre les plantes, on a parfois l’impression que le jardinier est parti en vacances. Il faut s’éloigner un peu pour saisir le plan d’ensemble du jardin anglais. Le voir de haut, depuis le perron du manoir :-)

Les systèmes éducatifs formels ressemblent, jusqu’à la caricature, à un jardin à la française dont toutes les plantes chercheraient à s’échapper, épuisant les jardiniers dans leur tentative de contrôle inévitablement vouée à l’échec.

Trouver le juste milieu entre la jungle et le jardin à la française, belle ambition pour les Moocs.

Voici la vidéo de l’entretien.


photo : ukgardenphotos via photopin cc


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Écrire, disent-ils

Une des premières consignes que nous avons données aux participants sur ITYPA fut d’ouvrir un blog. Et nous avons réalisé ensuite que cette démarche n’avait rien d’évident,  ni même d’attirant, pour nombre d’entre eux. Avec cette injonction, nous avions un double objectif :

- A court terme, que les participants laissent des traces de leurs apprentissages en cours. Dans la mesure où il s’agit d’une démarche d’apprentissage par l’action, il nous semblait naturel de passer par la création d’un espace de publication rendant compte des réflexions, échanges, acquis, etc. au fil des semaines.

- A moyen terme, que les participants investissent l’espace public du web, non seulement comme consommateurs, mais aussi comme producteurs, sur les sujets qui les passionnent.

Dans les deux cas, la démarche nous semblait non seulement cohérente mais aussi quasiment incontournable dans l’optique de la construction ou du renforcement d’un espace d’apprentissage personnel. Apprendre en effet est à nos yeux une démarche d’appropriation des apports par leur transformation et leur intégration à des productions personnelles. Nous avons donc demandé aux participants de s’engager dans la rédaction de billets de blogs, ces derniers témoignant à la fois de l’apprentissage actif en cours et enrichissant la somme globale de connaissances disponibles sur le web.

Écrire pour laisser des traces de son apprentissage

Ayant nous-mêmes déjà accompli cette démarche avec plus ou moins d’intensité et de diversité dans nos propres publications, nous avons totalement sous-estimé les réserves de nombreuses personnes face à l’acte de publication en ligne, accessible à tous. Certes, une centaine de participants au Mooc ITYPA (et ce nombre continue de croître) se sont lancés dans la rédaction de billets de blog à l’occasion de ce cours. Certains d’entre eux avaient déjà une longue habitude de la publication en ligne. D’autres ont découvert cette activité avec ITYPA. Nous ne les remercierons jamais assez d’avoir joué le jeu avec nous (le présent espace de publication des animateurs étant à considérer comme le pendant de ceux qu’ont ouverts les participants) et de nous donner à voir la progression de leurs apprentissages.

Mais beaucoup de participants ne se sont pas lancés dans l’aventure de la publication ouverte à tous. Et nous ne saurions les en blâmer. Car l’ouverture d’un blog et la rédaction régulière de billets n’ont pas été présentées comme ce qu’elles sont réellement (des traces visibles de l’apprentissage en cours), mais interprétées comme un "standard" d’internaute performant. Ce qui est faux.

Bien sûr, l’écrit est omniprésent sur le web. Quand je pense que voici quelques années encore, certains prédisaient qu’Internet allait tuer l’écriture et la lecture ! Quelle erreur !

Bien sûr également, l’activité méta-réflexive est un puissant accélérateur de l’apprentissage. La rédaction est un moyen intéressant de garder des traces de cette méta-réflexion.

Écrire : pas n’importe où, et pas obligatoirement

Mais face à ces constats, nous en faisons actuellement beaucoup d’autres, qui méritent d’être repris ici.

- Certaines personnes ne sont pas du tout à l’aise avec l’exposition publique sur le web. Nous avons eu dans le cadre d’ITYPA de fort intéressantes discussions sur l’e-réputation et l’identité numérique. Clairement, ces personnes estiment qu’apprendre à bâtir un espace d’apprentissage personnel ne doit pas les contraindre à faire quelque chose avec lequel elles ne sont pas à l’aise, à savoir tenir le journal public de leurs apprentissages. Ces personnes en revanche contribuent volontiers aux forums proposés sur le site du cours. ce qui montre bien que ce n’est pas le fait d’écrire en ligne qui pose question, mais le fait d’écrire publiquement.

- Certaines personnes estiment n’avoir rien d’intéressant à dire. Pourquoi pas ? Le web regorge en effet de publications peu intéressantes, qui ne témoignent que du narcissisme de leurs auteurs, voire d’un goût plutôt malsain de l’exhibitionnisme. Ce n’est donc pas la peine d’en rajouter une couche et si on n’a pas encore trouvé ce qui, dans ses propres expériences d’apprentissage, mérite d’être partagé, le choix de se taire est plutôt à saluer qu’à critiquer.

- Certaines personnes préfèrent commenter les  billets des autres plutôt qu’écrire les leurs. Oui, bien sûr, le commentaire est un élément crucial de la publication en ligne, et la somme des commentaires sous un billet enrichit considérablement la production initiale.

- Certaines personnes n’aiment pas écrire. Pourquoi alors demander cet effort supplémentaire dans un dispositif d’apprentissage qui a l’ambition d’être très ouvert dans les rythmes et les modalités d’apprentissage, mais aussi dans les témoignages de ces apprentissages, dans leurs traces ?

Et puis, cette injonction à la rédaction publique dès la première semaine a provoqué un effet inattendu : nombre de participants ont oublié le sujet du cours (construire son espace d’apprentissage personnel) et se concentrent exclusivement sur "l’apprendre à apprendre", la manière dont ils comprennent chacun des sujets abordés dans le cours et dont ils apprécient ce nouveau dispositif de cours (le format Mooc). Ce qui est certes important, mais ne devait pas à mes yeux du moins phagocyter toute la production écrite des participants : j’ai vu très, très peu de publications sur les sujets que les participants souhaitent approfondir, justement en construisant ou en renforçant leur espace d’apprentissage. Je m’attendais à voir se constituer des espaces ressources sur des sujets aussi variés que la planche à voile, le dessin, l’économie des pays d’Afrique sub-saharienne, que sais-je encore, bref, sur une foule de thématiques qui toutes auraient profité des habiletés méthodologiques acquises par leurs "curateurs" au travers du Mooc.

Propositions pour un prochain Mooc

Le phénomène est tellement flagrant qu’il trouve nécessairement sa cause dans ce que nous, animateurs, avons mis en place en matière de consignes et de structuration du cours. En fait, nous avons très maladroitement présenté les attendus et objectifs du cours. Si c’était à refaire (et ça le sera, très certainement), voilà ce que je dirais aujourd’hui :

- Voici un cours méthodologique qui vous invite à réfléchir sur vos propres stratégies de prise en charge de votre formation avec les outils numériques, et à vous faire expérimenter la construction d’un environnement d’apprentissage personnel sur le sujet de votre choix.

- Pour construire cet environnement, vous développerez des compétences et habiletés spécifiques qui vous permettront de tirer le meilleur parti de la recherche documentaire, de l’apprentissage en groupe, de l’utilisation des réseaux sociaux pour apprendre, etc.

- Vous êtes libres de suivre le cours à votre rythme, d’explorer la totalité ou une partie seulement des sujets proposés. En revanche, le dispositif d’apprentissage mis en place s’appuie sur deux éléments essentiels :

- Les échanges entre les participants, qui stimulent la réflexion de chacun, permettent de dépasser des difficultés ponctuelles, fournissent une rétroaction sur les productions… Vous êtes donc vivement invité à participer à ces échanges, par le biais des forums et dans les espaces de production mis en place par chacun.

- Les traces visibles de la progression de votre apprentissage, et donc de la mise en place de votre environnement d’apprentissage personnel. Vous n’aurez pas de "devoirs à rendre" ou d’exercices à faire, mais nous vous demandons en revanche de nous indiquer l’espace dans lequel vous partagerez vos découvertes, questionnements, prises de position… à la fois sur votre apprentissage et sur le sujet que vous souhaitez approfondir.

Et je proposerais :

- Les forums du site du cours pour les traces de l’apprentissage;

- L’espace public du web pour les écosystèmes sur les sujets intéressant les participants.

Au centre de cet écosystème, il pourrait y avoir un blog effectivement, un espace de curation (Scoop It, Pearltrees, ou autre), un site de signets, un réseau social… l’essentiel étant de montrer comment cet élément principal est relié et alimenté par les autres.

Ce dispositif me semblerait plus respectueux des particularités et choix de chacun. Et en définitive, il augmenterait effectivement la somme et l’organisation des connaissances disponibles sur une foule de sujets, grâce à des espaces ouverts à tous, mais permettrait à ceux qui n’ont tout simplement pas envie de partager leur processus d’apprentissage avec la terre entière de le faire avec leurs pairs, dans un espace dédié.

Et pourquoi pas dès maintenant ?

Au fait. Il n’est sans doute pas trop tard. J’invite tous ceux qui n’ont pas encore ouvert d’espace public à le faire, non en traitant du Mooc ou de la manière dont ils apprennent, mais sur ce qui les passionne : les abeilles, les gâteaux au chocolat, la diplomatie, le développement durable… En n’oubliant pas de nous communiquer les fils RSS de tout ça, pour que nous ayons le plaisir de profiter au mieux de tout ce que vous aurez ainsi préparé. Et je salue ceux qui ont déjà ouvert de tels espaces. Cherchez bien, vous les trouverez !

Photo : http://www.flickr.com/photos/totordenamur/4779973311/


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Le cMooc ou la production de biens communs d’apprentissage

Sur InternetActu, on lira cette semaine un article d’Hubert Guillaud consacré notamment aux Moocs. Il est dommage que seule la perspective nord-américaine soit examinée, mais c’est un défaut récurrent sur InternetActu. Et même dans ce cadre géographique, ce sont les xMoocs qui sont une fois de plus mis à l’honneur et considérés comme les archétypes du Mooc.

Rappelons-le une fois de plus, il faut distinguer deux types de Moocs : les xMooc, qui proposent du contenu tout fait aux apprenants, dans la droite ligne de l’enseignement universitaire classique, et les cMooc, qui autorisent précisément les apprenants à construire eux-mêmes leurs contenus, de trois façons différentes : en sélectionnant leurs sources, en échangeant entre eux dans le cadre d’un dispositif élaboré à cette fin (le cours), et en produisant eux-mêmes.

C’est à ce niveau, celui de la construction personnelle des savoirs imprégnés de savoir-faire (et inversement), que se situe à mon sens l’intérêt des cMooc, à considérer comme une tentative de proposer une forme alternative d’apprentissage. Pas une forme alternative dans l’absolu, puisqu’il s’agit évidemment d’une voie (celle qui privilégie l’autonomie de l’apprenant sur sa capacité de mémorisation et d’imitation) déjà largement empruntée auparavant, mais néanmoins d’une forme renouvelée de cette voie grâce à la valorisation de l’interconnexion des apprenants entre eux et avec les espaces de dépôt et de production des savoirs. L’organisation en réseau a longtemps été le privilège de quelques aristocraties : classes dominantes, résistants à l’ordre établi, organisations parallèles ou secrètes… Cette organisation s’est brusquement répandue à l’ensemble du corps social, notamment dans les organisations de travail, à partir du moment où elle a été rendue accessible à tous via les réseaux numériques. Le prix du ticket d’entrée dans l’organisation en réseau a alors brutalement baissé. Il me semble qu’avec les cMooc, nous assistons et avons désormais la possibilité de devenir acteurs d’un phénomène similaire, cette fois dans le champ éducatif.

Les biens deviennent communs par leur mode de gestion

Les avantages de l’organisation en réseau, particulièrement dans le champ professionnel, sont désormais bien connus. Sans entrer dans le détail de ces avantages, je m’arrêterai sur celui de la production de biens communs : c’est l’organisation-même en réseaux qui autorise la production de ces biens, qui n’ont rien de « communs » au niveau ontologique, mais le deviennent de par leur mode de gestion (voir à ce propos ce remarquable article de Christian Laval : La nouvelle économie politique des communs : apports et limites).

Je fais l’hypothèse que le cMooc, bâti sur un principe de collaboration bienveillante qui n’exclut pas la production individuelle mais au contraire la nourrit, est en capacité de participer à la production non seulement de biens communs du savoir, mais aussi et surtout de biens communs de l’apprentissage. La différence peut paraître subtile, elle est pourtant essentielle, pour ce qui est du renouvellement des pratiques pédagogiques / andragogiques; ceci, dans la mesure où la mutualisation des stratégies d’apprentissage (les productions individuelles ou collectives devant là être comprises comme des traces et illustrations de ces stratégies) modifient l’apprentissage lui-même, et celui qui le vit. Le cMooc représente donc à mes yeux une manière d’apprendre à apprendre, sans que cet objectif réfère à une quelconque norme externe aux apprenants. Apprendre à apprendre, dans le cadre d’un cMooc, consiste à forger ses propres stratégies d’apprentissage en s’enrichissant de celles des autres, autrement dit à mettre en oeuvre le principe d’application de la plus petite action possible pour produire le plus grand résultat. C’est à ce niveau que le cMooc a une valeur économique : il ambitionne d’optimiser l’effort nécessaire à l’apprentissage (effort intellectuel, monétaire, de déplacement, d’occupation de l’espace…), en apportant les sources, les interactions et les outils de production jusqu’à l’apprenant, dans un dispositif expressément identifié comme dédié à cette activité.

Et de la même façon que travailler en réseau s’apprend , apprendre en réseau s’apprend aussi. J’ai noté à plusieurs reprises l’effort demandé aux participants à un cMooc et à ses animateurs pour adapter leurs pratiques à ce nouveau contexte. Le ticket d’entrée peut sembler élevé actuellement, car le dispositif est encore extrêmement nouveau. On peut espérer qu’il baisse à mesure que les cMooc se développeront et se diffuseront.

Photo : http://www.flickr.com/photos/gadl/2915449623/


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La tentation de l’appropriation

Nous l’avons dit et répété, le Mooc ITYPA est un cours expérimental conçu et animé dans un but démonstratif, par quatre personnes qui ont agi à titre personnel, sans délégation de mission de leur établissement d’enseignement ou employeur, et bien entendu sans le moindre subside.

Ah, comme c’est tentant de s’attribuer la paternité de cet objet bizarre, qui n’est pas défendu par une marque ou une institution ! Voilà qu’un des établissements dans lequel travaillent deux des membres de l’équipe d’animation du Mooc ITYPA vient de publier sur son site Internet un article qui présente le Mooc ITYPA comme une de ses initiatives.
En d’autres termes, l’école centrale de Nantes, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, considère le projet co-réalisé par deux de ses salariés comme un produit de sa volonté d’innovation pédagogique : “L’Ecole Centrale de Nantes fait bouger la pédagogie en cursus ingénieur. L’Ecole a décidé de développer les cours en ligne nouvelle génération, en association avec une autre grande école d’ingénieurs, Télécom Bretagne.”, lit-on au début de l’article.

Cette phrase constitue une "lègère distorsion" de la réalité. L’école Centrale de Nantes n’a pas “décidé” de développer des cours en ligne, elle a juste décidé d’utiliser le produit fini que lui ont apporté deux de ses salariés. L’école n’a absolument pas travaillé en partenariat avec Telecom Bretagne; il se trouve qu’un membre de l’équipe ITYPA travaille à Telecom Bretagne, rien de plus. Au total, ces deux écoles ont proposé le Mooc ITYPA comme un cours à l’option à leurs étudiants, pour une valeur de 2 ECTS.

Dans la même logique hyperbolique, le service communication de l’école Centrale de Nantes aurait pu ajouter un troisième partenaire à ce merveilleux consortium, Thot Cursus (puisque j’ai le plaisir d’y travailler et me maintiens dans l’équipe d’animation du Mooc, en dépit des tentations de récupération de certains établissements), entreprise québécoise, ce qui aurait donné une dimension internationale à cette aventure. L’oubli est compréhensible, le service de communication de l’école Centrale de Nantes, pourtant si en avance en matière de pédagogie numérique, ne connaissant certainement pas Thot Cursus, média francophone dédié à l’utilisation des outils et ressources numériques en éducation et formation, depuis 1997 sur la toile. Et de toutes façons, Thot Cursus n’est pas un établissement français d’enseignement supérieur, et n’est donc pas un acteur majeur du jeu auquel se livre l’école Centrale de Nantes.

Je retiens plusieurs choses de cette anecdote :

- Le statut très particulier de l’enseignant chercheur autorise grosso modo ce dernier à se consacrer aux activités de son choix après avoir assuré ses 192 heures d’enseignement annuel. Et ce statut autorise également son établissement de rattachement à disposer comme bon lui semble de ses travaux.

- L’annonce d’un cours sans rattachement institutionnel est inaudible, le dispositif lui-même est inconcevable.

- L’annonce d’une entreprise menée conjointement par quatre personnes de différentes appartenances professionnelles, sur la base d’un contrat de confiance tacite, est également inconcevable.

Et pourtant, c’est de cette somme d’inconcevables qu’est né le premier cMooc francophone. Parce que si on avait attendu qu’un organisme d’enseignement supérieur se lance, on attendrait encore, et sans doute pour très longtemps.

Plusieurs centaines d’ingénieurs pédagogiques et autres enseignants universitaires sont inscrits au Mooc ITYPA. A l’exception de quelques personnes décidées à vivre l’expérience du Mooc dans sa globalité, on les voit très peu dans les échanges, encore moins dans les publications. Que font-ils ? Ont-ils abandonné ? Ont-ils peur de s’avancer dans la lumière, sans la protection de leur établissement ? Ou engrangent-ils les observations, de manière à évaluer au plus vite si l’option Mooc est envisageable dans leur établissement ?

Bien des questions se posent, comme vous le voyez. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il faut une bonne dose de culot pour se lancer dans une aventure telle que la création et l’animation d’un Mooc, et que ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Il faut se sentir libre, avoir le goût du risque et de la remise en question, et ne pas avoir peur de l’échec, considéré comme une étape plutôt que comme une fin. Ces qualités relèvent de l’individu, pas de l’institution.

Photo : http://www.flickr.com/photos/neogabox/2743991207/

 

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