Une des premières consignes que nous avons données aux participants sur ITYPA fut d’ouvrir un blog. Et nous avons réalisé ensuite que cette démarche n’avait rien d’évident, ni même d’attirant, pour nombre d’entre eux. Avec cette injonction, nous avions un double objectif :
- A court terme, que les participants laissent des traces de leurs apprentissages en cours. Dans la mesure où il s’agit d’une démarche d’apprentissage par l’action, il nous semblait naturel de passer par la création d’un espace de publication rendant compte des réflexions, échanges, acquis, etc. au fil des semaines.
- A moyen terme, que les participants investissent l’espace public du web, non seulement comme consommateurs, mais aussi comme producteurs, sur les sujets qui les passionnent.
Dans les deux cas, la démarche nous semblait non seulement cohérente mais aussi quasiment incontournable dans l’optique de la construction ou du renforcement d’un espace d’apprentissage personnel. Apprendre en effet est à nos yeux une démarche d’appropriation des apports par leur transformation et leur intégration à des productions personnelles. Nous avons donc demandé aux participants de s’engager dans la rédaction de billets de blogs, ces derniers témoignant à la fois de l’apprentissage actif en cours et enrichissant la somme globale de connaissances disponibles sur le web.
Écrire pour laisser des traces de son apprentissage
Ayant nous-mêmes déjà accompli cette démarche avec plus ou moins d’intensité et de diversité dans nos propres publications, nous avons totalement sous-estimé les réserves de nombreuses personnes face à l’acte de publication en ligne, accessible à tous. Certes, une centaine de participants au Mooc ITYPA (et ce nombre continue de croître) se sont lancés dans la rédaction de billets de blog à l’occasion de ce cours. Certains d’entre eux avaient déjà une longue habitude de la publication en ligne. D’autres ont découvert cette activité avec ITYPA. Nous ne les remercierons jamais assez d’avoir joué le jeu avec nous (le présent espace de publication des animateurs étant à considérer comme le pendant de ceux qu’ont ouverts les participants) et de nous donner à voir la progression de leurs apprentissages.
Mais beaucoup de participants ne se sont pas lancés dans l’aventure de la publication ouverte à tous. Et nous ne saurions les en blâmer. Car l’ouverture d’un blog et la rédaction régulière de billets n’ont pas été présentées comme ce qu’elles sont réellement (des traces visibles de l’apprentissage en cours), mais interprétées comme un "standard" d’internaute performant. Ce qui est faux.
Bien sûr, l’écrit est omniprésent sur le web. Quand je pense que voici quelques années encore, certains prédisaient qu’Internet allait tuer l’écriture et la lecture ! Quelle erreur !
Bien sûr également, l’activité méta-réflexive est un puissant accélérateur de l’apprentissage. La rédaction est un moyen intéressant de garder des traces de cette méta-réflexion.
Écrire : pas n’importe où, et pas obligatoirement
Mais face à ces constats, nous en faisons actuellement beaucoup d’autres, qui méritent d’être repris ici.
- Certaines personnes ne sont pas du tout à l’aise avec l’exposition publique sur le web. Nous avons eu dans le cadre d’ITYPA de fort intéressantes discussions sur l’e-réputation et l’identité numérique. Clairement, ces personnes estiment qu’apprendre à bâtir un espace d’apprentissage personnel ne doit pas les contraindre à faire quelque chose avec lequel elles ne sont pas à l’aise, à savoir tenir le journal public de leurs apprentissages. Ces personnes en revanche contribuent volontiers aux forums proposés sur le site du cours. ce qui montre bien que ce n’est pas le fait d’écrire en ligne qui pose question, mais le fait d’écrire publiquement.
- Certaines personnes estiment n’avoir rien d’intéressant à dire. Pourquoi pas ? Le web regorge en effet de publications peu intéressantes, qui ne témoignent que du narcissisme de leurs auteurs, voire d’un goût plutôt malsain de l’exhibitionnisme. Ce n’est donc pas la peine d’en rajouter une couche et si on n’a pas encore trouvé ce qui, dans ses propres expériences d’apprentissage, mérite d’être partagé, le choix de se taire est plutôt à saluer qu’à critiquer.
- Certaines personnes préfèrent commenter les billets des autres plutôt qu’écrire les leurs. Oui, bien sûr, le commentaire est un élément crucial de la publication en ligne, et la somme des commentaires sous un billet enrichit considérablement la production initiale.
- Certaines personnes n’aiment pas écrire. Pourquoi alors demander cet effort supplémentaire dans un dispositif d’apprentissage qui a l’ambition d’être très ouvert dans les rythmes et les modalités d’apprentissage, mais aussi dans les témoignages de ces apprentissages, dans leurs traces ?
Et puis, cette injonction à la rédaction publique dès la première semaine a provoqué un effet inattendu : nombre de participants ont oublié le sujet du cours (construire son espace d’apprentissage personnel) et se concentrent exclusivement sur "l’apprendre à apprendre", la manière dont ils comprennent chacun des sujets abordés dans le cours et dont ils apprécient ce nouveau dispositif de cours (le format Mooc). Ce qui est certes important, mais ne devait pas à mes yeux du moins phagocyter toute la production écrite des participants : j’ai vu très, très peu de publications sur les sujets que les participants souhaitent approfondir, justement en construisant ou en renforçant leur espace d’apprentissage. Je m’attendais à voir se constituer des espaces ressources sur des sujets aussi variés que la planche à voile, le dessin, l’économie des pays d’Afrique sub-saharienne, que sais-je encore, bref, sur une foule de thématiques qui toutes auraient profité des habiletés méthodologiques acquises par leurs "curateurs" au travers du Mooc.
Propositions pour un prochain Mooc
Le phénomène est tellement flagrant qu’il trouve nécessairement sa cause dans ce que nous, animateurs, avons mis en place en matière de consignes et de structuration du cours. En fait, nous avons très maladroitement présenté les attendus et objectifs du cours. Si c’était à refaire (et ça le sera, très certainement), voilà ce que je dirais aujourd’hui :
- Voici un cours méthodologique qui vous invite à réfléchir sur vos propres stratégies de prise en charge de votre formation avec les outils numériques, et à vous faire expérimenter la construction d’un environnement d’apprentissage personnel sur le sujet de votre choix.
- Pour construire cet environnement, vous développerez des compétences et habiletés spécifiques qui vous permettront de tirer le meilleur parti de la recherche documentaire, de l’apprentissage en groupe, de l’utilisation des réseaux sociaux pour apprendre, etc.
- Vous êtes libres de suivre le cours à votre rythme, d’explorer la totalité ou une partie seulement des sujets proposés. En revanche, le dispositif d’apprentissage mis en place s’appuie sur deux éléments essentiels :
- Les échanges entre les participants, qui stimulent la réflexion de chacun, permettent de dépasser des difficultés ponctuelles, fournissent une rétroaction sur les productions… Vous êtes donc vivement invité à participer à ces échanges, par le biais des forums et dans les espaces de production mis en place par chacun.
- Les traces visibles de la progression de votre apprentissage, et donc de la mise en place de votre environnement d’apprentissage personnel. Vous n’aurez pas de "devoirs à rendre" ou d’exercices à faire, mais nous vous demandons en revanche de nous indiquer l’espace dans lequel vous partagerez vos découvertes, questionnements, prises de position… à la fois sur votre apprentissage et sur le sujet que vous souhaitez approfondir.
Et je proposerais :
- Les forums du site du cours pour les traces de l’apprentissage;
- L’espace public du web pour les écosystèmes sur les sujets intéressant les participants.
Au centre de cet écosystème, il pourrait y avoir un blog effectivement, un espace de curation (Scoop It, Pearltrees, ou autre), un site de signets, un réseau social… l’essentiel étant de montrer comment cet élément principal est relié et alimenté par les autres.
Ce dispositif me semblerait plus respectueux des particularités et choix de chacun. Et en définitive, il augmenterait effectivement la somme et l’organisation des connaissances disponibles sur une foule de sujets, grâce à des espaces ouverts à tous, mais permettrait à ceux qui n’ont tout simplement pas envie de partager leur processus d’apprentissage avec la terre entière de le faire avec leurs pairs, dans un espace dédié.
Et pourquoi pas dès maintenant ?
Au fait. Il n’est sans doute pas trop tard. J’invite tous ceux qui n’ont pas encore ouvert d’espace public à le faire, non en traitant du Mooc ou de la manière dont ils apprennent, mais sur ce qui les passionne : les abeilles, les gâteaux au chocolat, la diplomatie, le développement durable… En n’oubliant pas de nous communiquer les fils RSS de tout ça, pour que nous ayons le plaisir de profiter au mieux de tout ce que vous aurez ainsi préparé. Et je salue ceux qui ont déjà ouvert de tels espaces. Cherchez bien, vous les trouverez !
Photo : http://www.flickr.com/photos/totordenamur/4779973311/
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