ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

Le cMooc ou la production de biens communs d’apprentissage

19 Commentaires

Sur InternetActu, on lira cette semaine un article d’Hubert Guillaud consacré notamment aux Moocs. Il est dommage que seule la perspective nord-américaine soit examinée, mais c’est un défaut récurrent sur InternetActu. Et même dans ce cadre géographique, ce sont les xMoocs qui sont une fois de plus mis à l’honneur et considérés comme les archétypes du Mooc.

Rappelons-le une fois de plus, il faut distinguer deux types de Moocs : les xMooc, qui proposent du contenu tout fait aux apprenants, dans la droite ligne de l’enseignement universitaire classique, et les cMooc, qui autorisent précisément les apprenants à construire eux-mêmes leurs contenus, de trois façons différentes : en sélectionnant leurs sources, en échangeant entre eux dans le cadre d’un dispositif élaboré à cette fin (le cours), et en produisant eux-mêmes.

C’est à ce niveau, celui de la construction personnelle des savoirs imprégnés de savoir-faire (et inversement), que se situe à mon sens l’intérêt des cMooc, à considérer comme une tentative de proposer une forme alternative d’apprentissage. Pas une forme alternative dans l’absolu, puisqu’il s’agit évidemment d’une voie (celle qui privilégie l’autonomie de l’apprenant sur sa capacité de mémorisation et d’imitation) déjà largement empruntée auparavant, mais néanmoins d’une forme renouvelée de cette voie grâce à la valorisation de l’interconnexion des apprenants entre eux et avec les espaces de dépôt et de production des savoirs. L’organisation en réseau a longtemps été le privilège de quelques aristocraties : classes dominantes, résistants à l’ordre établi, organisations parallèles ou secrètes… Cette organisation s’est brusquement répandue à l’ensemble du corps social, notamment dans les organisations de travail, à partir du moment où elle a été rendue accessible à tous via les réseaux numériques. Le prix du ticket d’entrée dans l’organisation en réseau a alors brutalement baissé. Il me semble qu’avec les cMooc, nous assistons et avons désormais la possibilité de devenir acteurs d’un phénomène similaire, cette fois dans le champ éducatif.

Les biens deviennent communs par leur mode de gestion

Les avantages de l’organisation en réseau, particulièrement dans le champ professionnel, sont désormais bien connus. Sans entrer dans le détail de ces avantages, je m’arrêterai sur celui de la production de biens communs : c’est l’organisation-même en réseaux qui autorise la production de ces biens, qui n’ont rien de « communs » au niveau ontologique, mais le deviennent de par leur mode de gestion (voir à ce propos ce remarquable article de Christian Laval : La nouvelle économie politique des communs : apports et limites).

Je fais l’hypothèse que le cMooc, bâti sur un principe de collaboration bienveillante qui n’exclut pas la production individuelle mais au contraire la nourrit, est en capacité de participer à la production non seulement de biens communs du savoir, mais aussi et surtout de biens communs de l’apprentissage. La différence peut paraître subtile, elle est pourtant essentielle, pour ce qui est du renouvellement des pratiques pédagogiques / andragogiques; ceci, dans la mesure où la mutualisation des stratégies d’apprentissage (les productions individuelles ou collectives devant là être comprises comme des traces et illustrations de ces stratégies) modifient l’apprentissage lui-même, et celui qui le vit. Le cMooc représente donc à mes yeux une manière d’apprendre à apprendre, sans que cet objectif réfère à une quelconque norme externe aux apprenants. Apprendre à apprendre, dans le cadre d’un cMooc, consiste à forger ses propres stratégies d’apprentissage en s’enrichissant de celles des autres, autrement dit à mettre en oeuvre le principe d’application de la plus petite action possible pour produire le plus grand résultat. C’est à ce niveau que le cMooc a une valeur économique : il ambitionne d’optimiser l’effort nécessaire à l’apprentissage (effort intellectuel, monétaire, de déplacement, d’occupation de l’espace…), en apportant les sources, les interactions et les outils de production jusqu’à l’apprenant, dans un dispositif expressément identifié comme dédié à cette activité.

Et de la même façon que travailler en réseau s’apprend , apprendre en réseau s’apprend aussi. J’ai noté à plusieurs reprises l’effort demandé aux participants à un cMooc et à ses animateurs pour adapter leurs pratiques à ce nouveau contexte. Le ticket d’entrée peut sembler élevé actuellement, car le dispositif est encore extrêmement nouveau. On peut espérer qu’il baisse à mesure que les cMooc se développeront et se diffuseront.

Photo : http://www.flickr.com/photos/gadl/2915449623/

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Auteur : Christine Vaufrey

Consultante en digital learning et MOOCs, je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

19 réflexions sur “Le cMooc ou la production de biens communs d’apprentissage

  1. Bonjour Madame,

    Excellent billet et positionnement des cMOOC par rapport aux xMOOC et l’amélioration du bien commun.

    Je reprends un extrait de votre billet pour exprimer ma vision du développement de la stratégie d’apprentissage.

    « consiste à forger ses propres stratégies d’apprentissage en s’enrichissant de celles des autres »

    Il faut à cet égard, noter que le mimétisme est mauvais guide. Notre définition de notre stratégie d’apprentissage demande, à mon avis, une analyse fine de ses besoins personnels, de son environnement personnel et professionnel et une identification de ses propres intentions de développement de connaissances et de compétences. L’échange, prévu au MOOC, est très important, mais il ne doit pas modéliser le scénario individuel. Au cours de la première rencontre, vous avez évoqué que cet exercice devait être réalisé lors de la semaine 5. Je remarque toutefois, que de nombreuses réflexions sur les outils numériques viennent meubler les billets des participants et que de très rares échanges sur les connaissances visées par chacun des participants sont présents. Ce brouillard devrait se dissiper en cours de route je pense.

    À l’instar du forgeron, le participant doit développer son scénario d’apprentissage, adapté à ses besoins d’amélioration de ses connaissances et compétences. Les outils aideront dans les activités.

    Salutations!

    • je suis absolument d’accord avec vous sur les dangers du mimétisme, nous vivons cela tous les jours avec « les leçons apprises » qu’on nous eet dans tous les domaines et les « listes de trucs et astuces » qui fleurissent en formation, surtout outre-alantique. A mon avis, l’influence des autres sur chacun de nous relève de l’alchimie, ou plus simplement de l’enrichissement de l’eau au contact de la terre. Vous connaissez certainement ces moments un peu exceptionnels, lorsque vous entendez ou lisez quelque chose et que ça déclenche, débloque, cristallise quelque chose en vous : un ultime élément qui vient subitement révéler l’ordre et le sens de ce qui était en construction depuis longtemps… C’est dans ce sens que j’entends la valeur des apports au cheminement individuel.

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