ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

Le Mooc ITyPA, c’est un trou dans le mur

2 Commentaires

Je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi je m’étais lancée dans l’aventure du Mooc ITyPA. Remarquez, il vaut mieux que j’aie de solides raisons de le faire, compte-tenu du travail que cela me demande, comme à mes trois autres collègues.

J’ai trouvé facilement quelques raisons de surface à cet engagement :

– J’ai envie de faire quelque chose de grand.

– J’ai envie de « faire », tout simplement. Je consacre beaucoup de temps à parler sur Thot Cursus de ceux qui font l’éducation de demain, et j’éprouve le besoin de prendre part moi aussi à ce vaste chantier.

– Le Mooc me convient bien. J’ai suivi le Mooc animé par S. Downes et G. Siemens l’an dernier, et j’y ai trouvé d’immenses satisfactions, bien plus grandes que dans tout autre dispositif d’apprentissage. Je suis convaincue que ce format de cours convient à de nombreuses personnes.

Mais c’est ce matin seulement que j’ai identifié mon intérêt fondamental pour le Mooc, qui a généré ce sentiment d’urgence ressenti lorsque l’opportunité s’est présentée, sous la forme d’un message de Jean-Marie Gilliot sur Twitter, d’en monter un pour les francophones.

Le déclic fut cette vidéo.

On y voit la personne que j’admire le plus, dans l’univers de l’éducation et de la formation, à savoir Sugata Mitra.

Sugata Mitra est l’auteur de l’expérience qu’il a appelée « Un trou dans le mur« . Sans entrer dans les détails, disons que Mitra a installé un ordinateur dans un mur, un banc devant, et il a attendu que des enfants viennent s’asseoir. Et il a vu que ces enfants cherchaient à comprendre ce qu’ils voyaient, qu’ils coopéraient pour en savoir plus.

A partir de cette expérience, Sugata Mitra a développé une approche pédagogique qui vise à développer l’autonomie et la créativité des apprenants. Il a adapté au Royaume-Uni ce qu’il avait créé chez lui, en Inde.

Si on établit une analogie entre le mur de Mitra et Internet (qui se présente bien comme un mur fort difficile à franchir pour de très nombreux individus), disons que le Mooc est une sorte de trou dans ce mur. Le programme de cours est préparé, mais rien n’adviendra sans l’activité des apprenants. Le programme seul ne peut rien. Il ne prend vie que si des personnes s’en emparent, le développent, le transforment, à des fins personnelles. Mais pas tout seuls : Mitra souligne que l’apprentissage s’effectue par le biais des interactions réalisées dans les petits groupes d’apprenants. J’espère ardemment, pour avoir vécu cette situaiton avec un grand bonheur lorsque je suivais moi-même un Mooc, que tous les participants au Mooc ITyPA qui le souhaitent trouveront dans la communauté les personnes qui lui permettront de pousser la réflexion aussi loin que nécessaire, dans la direction souhaitée.

En effaçant la classe, en faisant disparaître l’enseignant de l’environnement immédiat des enfants, Mitra a effectué un changement considérable dans le paysage éducatif. Il n’a absolument pas renoncé à enseigner ni à accompagner les apprentissages, mais il n’a pas hésité à modifier les fondamentaux que l’on croyait gravés dans le marbre, alors qu’ils ne relèvent que d’une tradition finalement pas si ancienne.

Alors, quand j’entends que les Mooc souffrent d’un « déficit d’ingénierie pédagogique », je m’irrite. Puis je souris. Je crois fermement que les Moocs représentent la même rupture pédagogique que le trou dans le mur, adaptée à l’écosystème numérique dans lequel nous évoluons. Pour s’en rendre compte, il ne faut pas, comme disait Jean Genêt, s’obstiner à regarder en haut à droite, quand ce qui est voir se trouve en bas à gauche.

Je suis fière de préparer et animer un Mooc, avec Jean-Marie, Anne-Céline et Morgan. Et près de 600 personnes à l’heure ou je vous parle.

Auteur : Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

2 réflexions sur “Le Mooc ITyPA, c’est un trou dans le mur

  1. L’expérience racontée par M. Mitra est un de mes souvenirs les plus intenses lors de la conférence Online Educa à Berlin : une salle immense remplie suspendue au discours de l’intervenant, c’était très impressionnant.
    La comparaison faite dans cet article est très judicieuse : dans certains cas, je pense que les formateurs sont tellement impressionnés par le trou dans le mur de l’Internet qu’ils n’osent pas s’aventurer sur ce chemin.
    Beaucoup de formateurs attendent de « recevoir » les bonnes pratiques sur lesquelles ils peuvent s’appuyer pour construire leurs propres usages. Inventer, créer paraît souvent trop difficile et surtout trop mangeur de temps.

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