ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

En formation, doit-on adapter ses contenus aux apprenants ?

6 Commentaires

J’anime régulièrement des sessions de « formation de formateurs », s’adressant à des gens qui, dans leur majorité, animent déjà de la formation et souhaitent consolider leurs pratiques. Dans ces sessions, nous abordons bien entendu la question de l’adéquation des contenus avec les apprenants, leurs connaissances antérieures, leurs besoins, etc. Et là, c’est un grand classique, il y a toujours des participants pour me dire : « Oui, très bien, mais quand les gens qu’on a réellement dans la salle ne sont pas du tout ceux que l’on attendait, comment on fait ? On change tout ? »

Le cas est effectivement fréquent en formation professionnelle courte. Vous avez beau préciser les pré-requis nécessaires pour participer à la formation, vous aurez toujours devant vous des gens qui n’y répondent pas, qui en savent plus, ou moins, que ce que vous imaginiez, ou encore qui ont des objectifs d’apprentissage différents de ceux que vous avez annoncés.

Hier soir, en parcourant les présentations laissées par les participants au Mooc ITyPA sur le forum dédié, je me suis demandée si nous n’étions pas une fois de plus devant ce cas de figure. Ce Mooc a été conçu pour un public très large,  pour des gens qui éprouvent le besoin d’améliorer leurs stratégies d’utilisation d’Internet pour apprendre. Nous aspirons à rencontrer des personnes venues de tous les horizons professionnels ou ne travaillant pas, ayant des pratiques très diverses des outils numériques, avec pour principal point commun l’envie d’apprendre ensemble, les uns avec les autres, les uns par les autres.

Et qu’est-ce que je vois ? Que les gens qui se sont déjà présentés sont dans leur grande majorité… enseignants ou formateurs, souvent spécialisés dans les TIC ou l’informatique d’une manière plus large. A priori donc, des professionnels de la formation. Des gens comme nous, en somme🙂, qui visent peut-être davantage à expérimenter un nouveau dispositif de formation qu’à consolider leur environnement d’apprentissage personnel.

Ce matin, en réunion de coordination, j’ai donc posé la question suivante à mes collègues : devons-nous adapter nos propositions aux attentes et aspirations des participants, telles que nous les voyons énoncées ? Devons-nous par exemple proposer des ressources plus « universitaires », et plus directement tournées vers l’ingénierie de formation ? Et la réponse fut : non. On ne change rien.

Ce qui va apparemment à l’encontre des standards qualité de l’ingénierie de formation, mais en apparence seulement.

Car rien ne nous dit que les personnes qui se sont présentées n’aient pas besoin de revenir à des fondamentaux. Rien ne nous dit non plus qu’elles possèdent déjà les habiletés requises pour créer des communautés d’apprentissage et produire des contenus à partir des discussions qui auront lieu dans le cadre de ce cours, ces deux savoir-faire s’avérant essentiels à la consolidation de son environnement d’apprentissage personnel. Rien ne nous dit enfin que les 80 et quelques personnes qui se sont  déjà présentées sur le forum d’ITyPA soient représentatives de la totalité des inscrits (près de 800 à l’heure actuelle). Donc, notre proposition initiale reste pertinente. Ceux qui aiment intellectualiser leurs apprentissages le feront sur leurs supports de publication personnels, tout comme ceux qui préfèrent passer par l’expérience pratique, témoigner  ou discuter à bâtons rompus. C’est là le gros avantage du Mooc : le « format » et la nature des productions témoignant des apprentissages n’y sont pas prédéterminés. Chacun choisira ce qui lui convient, et pourra même en essayer plusieurs !

Alors, je remercie tous les gens qui se sont déjà présentés dans le forum, et j’invite tous les participants discrets à le faire, pour que notre hétérogénéité soit mise en valeur comme une force. On ne sait jamais d’où viendront les bonnes idées.

Illustration : http://www.flickr.com/photos/defenceimages/5375869798/ licence : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0

Auteur : Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

6 réflexions sur “En formation, doit-on adapter ses contenus aux apprenants ?

  1. Bonjour Christine,

    Merci pour ce billet pertinent. Surtout, ne changez rien ! Je crois qu’on a tous à apprendre « pour créer des communautés d ’apprentissage et produire des contenus à partir des discussions qui auront lieu dans le cadre de ce cours ». C’est tellement compliqué de travailler ensemble, de relire ce que l’on y vit pour en extraire ce que l’on y apprend. On n’aura pas assez de 10 semaines pour progresser …
    A demain😉

  2. Ah, Christine, j ’imagine l ’avis de grand frais qui a pu sévir hier soir et ce matin ! Je connais ça parce que je suis justement l ’une des formatrices que vous évoquez dans votre billet… et que, oui vraiment, ça fait partie des joies du métier.

    En tant que participante, je suis très confiante parce qu ’il s ’agit d ’un MOOC – vraiment très « M » : 800 inscrits la veille de l ’ouverture… bravo !- et plus précisément pour le raisons suivantes:
    . des groupes de convergence pourront facilement émerger. Vous le dites.
    . pour les « formateurs », côtoyer des participants qui viennent d ’autres horizons permet de s ’ouvrir à d ’autres domaines, à d ’autres façons d ’apprendre et, je l ’espère, à d ’autres questionnements. C ’est très « formateur », si je puis dire. J’espère seulement que nous ne faisons pas peur aux 710 autres participants qui ne se sont pas présentés pour l’instant…
    . dans MOOC, il y a O… si on n ’y trouve pas ce que l ’on veut, on peut le proposer, le suggérer ou prendre aimablement de la distance
    . dans MOOC, il y a aussi C. Si on revient aux fondamentaux, tant mieux ! Ca permet d ’interroger les habitudes bonnes ou un peu moins bonnes qui s ’installent avec le temps. Et puis, à lire les présentations, je vois que nous sommes de nombreux bricoleurs plus ou moins intuitifs en ce qui concerne l ’auto-formation/ co-formation en ligne… Le cours permettra de formaliser nos pratiques. Re-tant mieux ! Quant aux collègues déjà super héros du web, ils pourront nous éclairer et nous servir de tuteurs… s’ils le souhaitent. Trois fois tant mieux.

    Je ne doute pas que des collègues pourront enrichir cette liste.

    Bref, je suis d ’avis que vous (l ’équipe) avez raison de ne rien changer.

    A demain, dans le grand bain !

  3. L’essence de cette formation n’est elle pas de faire générer une grande partie du contenu par les apprenants, il évoluera donc de lui même.
    que l.on soit professionnel du web ou enseignant nous pouvons très vite nous faire enfermer pour les uns par les impératifs du programme, pour les autreś par les impératifs de productions et parois pire encore par nos propres certitude. nous confronter à nouveau dans un espace numérique que nous ne maîtrisons pas , nous approprier les outils, l’environnement est déjà en soit un apprentissage.

  4. Tout à fait d’accord sur un point : même les pros de la formation ont à découvrir des scénario pédagogiques et des dispositifs différents, ainsi que des outils. Pour ma part j’en utilisais déjà pas mal, mais pas encore Twitter (je m’y suis mis pour itypa) / j’utilisais netvibes (lecteur de flux), j’ai découvert paper.li et scoop.it. Et, je l’avoue, j’ignorais tout du connectivisme et des MOOC, je commence à en savoir plus et à m’y intéresser. Un beau chemin parcouru en seulement deux jours ! Sans parler des rencontres qui commencent à se faire…

    Par contre, je reste sceptique sur la possibilité pour des participants lambda de profiter de la démarche, du moins sans quelques prérequis, pas forcément inexistants dans le  » grand public » d’ailleurs (utilisation de Twitter, de forums…) ; mais je ne demande qu’à être convaincu par l’expérience en cours. Je ne sais pas si vous aurez les moyens de suivre les inscrits, peut être les deux chercheurs associés, si tout le monde trouve et remplit leur questionnaire. En tout cas, je suis preneur de tout retour sur cette expérience, et je compte bien y participer activement, après un petit temps d’hésitation et un peu de mal à entrer dans le dispo. Sans doute parce que, comme vous le dites ici, en tant qu’ingénieur de formation j’ai l’habitude et le souci de sécuriser les apprenants à distance qui se lancent, ce qui n’exclut pas par la suite de les rendre autonomes et collaborants. L’insécurité initiale est souvent facteur d’abandon. Et dans un cadre institutionnel et/ ou commercial, nous ne pouvons multiplier les abandons ! Mais les enjeux du MOOC sont tout autres : je peux toujours  » prendre » qq chose qui me sera utile, je choisis moi même mon parcours, il n’y a aucun enjeu ni obligation de résultat, et si finalement j’abandonne, rien de grave…

    Je suppose qu’on aura l’occasion dans #itypa d’envisager les choses du côté animateur / organisateur : qu’est-ce qui vous fera dire que vous avez « réussi votre coup » ?

  5. Bonjour,

    Que ce MOOC soit pris d’assaut par toute une flopée d’intervenants, formateurs, pédagogues et autres enseignants de tout poil ayant pour beaucoup d’entre eux la caractéristique de surfer sur le web sans même se mouiller le maillot, je ne vois là rien que de très normal, pour ce qui me concerne (et je me mets bien volontiers moi-même dedans, comme mes petits camarades commentateurs🙂

    Quand un taxi passe dans la rue, il est bien évidemment repéré par les gens qui ont l’habitude de prendre le taxi. Il n’empêche…

    …Il n’empêche que, paradoxalement, tout « pédago-pseudo-geek » que je suis, mon premier ennemi reste – paradoxalement – l’isolement. Et il m’est avis que je ne suis pas le seul (…que celui qui me jette la première pierre vienne me le dire en face, comme disait l’autre…). Et à cet égard, si cette expérience ne servait qu’à rompre un tant soit peu ledit isolement, eh bien ma foi, ce serait déjà ça de pris. Vivent les échanges de pratiques, il n’y a que ça de vrai…

    Cela dit, j’ai depuis jeudi soir le net sentiment de participer à ne aventure qui ne fait que commencer, et qui n’a pas fini de laisser des traces, et réserver moultes surprises à plus d’un… Christine, si vous lisez ces lignes, je vous fais part de mes encouragements les plus chaleureux.

    Bien à vous tou(te)s,

    Bernard
    http://about.me/b_lamailloux

  6. J’ai posé un billet sur ce blog pour bien préciser que l’on pouvait aborder ce mooc à plusieurs niveaux et c’est là une force potentielle de ce type de dispositif. Nous avons plusieurs billets ou au moins des commentaires de personnes qui doutent, se posent des questions, mais qui du coup ont déjà démarré. A nous de leur donner confiance. Certains se posent d’ailleurs la question si ceux-ci ne risquent pas d’être impressionnés par tout ces « profs ». A nous tous « profs » de les rassurer.

    Et un deuxième effet possible, c’est en effet de permettre aux pédago, soit de retrouver d’autres pseudo-geek, soit simplement de commencer à se positionner par rapport à Internet comme outil d’apprentissage. Et si cela permet de contribuer à faire grandir une communauté de ce type, ce mooc aura eu au moins un effet positif.

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