ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

L’arbre du Mooc

7 Commentaires

Encore un sujet classique en formation, qui revient avec de nouveaux visages à travers le Mooc : les pré-requis.

Lorsqu’on suit un cours de type Mooc sur l’utilisation d’Internet pour apprendre, quels peuvent être les pré-requis ?

– Utiliser Internet. Mais comment ? A quel niveau ? Comment se déterminent les niveaux, d’ailleurs ? Parle t-on uniquement d’utilisation de ce qui existe déjà, ou de production de contenus ? Ou même de création d’applications en ligne ?

– Avoir envie de prendre en main sa propre formation. Avoir déjà eu le sentiment « d’apprendre quelque chose » avec les outils et ressources numériques. Se diriger naturellement vers les ressources en ligne lorsqu’on cherche à développer un savoir ou un savoir-faire. Avoir déjà rencontré ses limites, se dire qu’on n’est pas absolument efficace, qu’il est certainement possible de mieux faire, plus vite, avec moins de bruit et de déchet.

– Avoir envie de parler de tout ça. Etre persuadé, parce qu’on l’a déjà expérimenté, que l’on n’apprend jamais seul, et qu’on est inscrit dans une longue chaîne ininterrompue de personnes qui depuis la nuit des temps ont estimé nécessaire de conserver ce que d’autres avaient produit, de l’utiliser d’une manière ou d’une autre, afin de produire à son tour.

Ces pré-requis sont-ils suffisamment clairs, sur le site d’ITYPA ? Nombre des inscrits à ce Mooc les possèdent, et le prouvent. Ils produisent, posent des questions pertinentes, apportent des réponses aux questions des autres.

Mais peut-être pas tous.

Il y a encore beaucoup de participants silencieux. Sur le forum, certains demandent avec insistance « où est le cours ». Et à mon avis, ils ne cherchent pas l’URL de la page, mais plutôt des contenus structurés en vue d’assimilation. Dans son commentaire à mon billet précédent sur ce blog, Bruno Parmentier dit :  » je reste sceptique sur la possibilité pour des participants lambda de profiter de la démarche, du moins sans quelques prérequis, pas forcément inexistants dans le  » grand public » d’ailleurs (utilisation de Twitter, de forums…) ; mais je ne demande qu’à être convaincu par l’expérience en cours ». Il dit aussi qu’il a l’habitude de « sécuriser les apprenants » en formation à distance. j’ai cette même habitude, partageant avec Bruno le constat que « l’insécurité initiale est facteur d’abandon ». Et je ne me contenterai pas de dire que dans ce Mooc, on se moque bien du taux de persévérance, dans la mesure où il n’y a pas d’enjeux en termes de certification ou de diplôme, et que le cours est en accès libre et gratuit.

En fait, je me sens responsable, d’une certaine manière, de la persévérance des inscrits. Mais pas au sens où je serais tentée de tenir la main à des centaines de personnes, d’être jour et nuit devant mon écran et sur Skype pour assister ceux qui peinent à trouver leur chemin dans ce Mooc. Je me sens responsable de tous, comme pouvant contribuer, à l’égal de tous les participants, à stimuler l’envie de continuer, même si on ne comprend pas encore grand chose de ce qui se passe.

Ceci est une responsabilité partagée : il faut veiller à ne pas entretenir l’entre-soi de ceux qui savent, qui sont à l’aise avec les outils et ressources en ligne, qui viennent moins pour apprendre que pour partager une expérience originale et un bon moment avec des amis. Cet entre-soi est une calamité que l’on retrouve dans bien des milieux de « spécialistes », et notamment chez les férus des TIC pour l’enseignement : on va tous aux mêmes colloques, on se tape la bise et on continue à discuter sur Twitter, on se congratule en permanence, on se plaint en choeur de la lenteur « des collègues », « du système », ou de n’importe quoi d’autre à embrasser les outils numériques. On nage dans le même bocal, et on y est si bien qu’on oublie qu’il y a un bocal.

Alors, j’espère ardemment que le Mooc ITYPA ne soit pas un bocal à la paroi de verre quasi-invisible mais diablement résistante. Je préfère voir le Mooc comme un arbre : nous commençons tous au pied de l’arbre, et certains ont déjà trouvé les bonnes branches pour grimper. D’autres auraient besoin qu’on leur fasse la courte-échelle, ou même simplement qu »on les encourage, de manière à ce qu’ils se lancent. Attraper la première branche, c’est peut-être le plus difficile. Oser. Ne pas se passer le film de la chute dans sa tête. Avoir confiance en soi et ne pas se laisser intimider par ceux qui sont déjà en haut et qui s’extasient sur le panorama inouï qui se découvre à eux, alors qu’on n’a pas encore quitté le sol et qu’on ne voit rien du tout.

Alors, la  question, c’est : comment donner confiance et envie de grimper ?

Photo : David Lukacs, Flickr, Licence CC

Auteur : Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

7 réflexions sur “L’arbre du Mooc

  1. Bonjour Christine,

    J’ai suivi la web-conférence, je n’ai rien compris, j ai même eu peur quand on m’a incité à accepter de me noyer.
    Venez vivre une pédagogie expérientiellé osez abandonner vos habitudes, créez des liens, etc….
    Oui mais voilà.

    Et si mes habitudes étaient déjà des routines d’adaptation
    Et si pour l’autre, le débat étant public, l’enjeu était de plus démontrer « regardez j y suis, j innove » et non whauou je sais pourquoi comment l’autre est important pour apprendre, je sais faire la différence entre serendipite et procrastination limitante. J’ai ressenti les bénéfices du connectivsme par rapport à d’autres pratiques pédagogiques tout en connaissant les limites.
    Et si comme l,explique Barry Schwartz dans une conférence Ted , cette liberté de choix était plus paralysante, anxiogène que productive et constructive car l’homme vit depuis des millions d’années dans un bocal (la Terre) et son reptilien n est pas prêt d accepter à aller dans l’espace sans combinaison.

    Tant je vais poursuivre cette expérience itypa tant le sentiment d être une vulgaire souris de laboratoire est présent et pugnace.

    Le conflit majeur interne suscite par cette web conférence et les réactions que j’ai pu lire est mais ou est le respect pour les mécanismes d’acquisition d’une connaissance d’un point de vue neurobiologique, ou est la guidance quand on me demande de lâcher prise sans se soucier de ce qui me caractérise et du milieu ou j’évolue.

    Il est vrai que je suis fait de croyances, d’expériences et d éducation qui font que comme tout à chacun je suis un système complexe et dynamique. En cela demander de tout mettre à l’eau sans avoir compris quoique ce soit si ce n’est d’avoir entendu un « sage » qui lisait un livre devant un web-terre ou par-web de 900 personnes et de m’y être endormi comme pouvaient le faire les étudiants du 14e siècle. Je n’ai pas su monter dans cette diligence.

    Bien sur, il s’agit de premiers ressentis, d impressions, je m’autorise à changer d’avis car je sais qu’une formation transforme ce fameux système complexe et la prise de conscience surviendra quand j’aurais changé mes comportements d’apprentissage et ma perception de cette expérience, s’il m’est bénéfique de les changer.

    Mais pour l’instant, je suis loin d’être convaincu.

    Le contexte est à le-réputation ou tout ce que vous eçrivez sur le web sera grave au delà de votre mort. Je puise dans mon courage pour rédiger ce commentaire car si pour moi il n’est qu une interrogation, je sais qu’il sera interprète je ne sais comment par je ne sais qui dans je ne sais quel but.

    a la prochaine session collective sur YouTube

    • Bonjour Jean-Marc,

      Merci pour ce précieux commentaire. J’avoue avoir espéré recevoir ce genre de commentaires en postant mon billet, je ne pensais pas que ce serait si rapide🙂

      Je suis d’accord avec vous sur bien des points. Les habitudes sont des routines d’adaptation mille fois oui. C’est à dire qu’elles représentent le meilleur de ce que nous pensons pouvoir faire devant une situation donnée. J’ai horreur des gens qui disent « changez tout ! oubliez vos habitudes ! ». Pour oublier ses habitudes, il faut avoir d’excellentes raisons. Car les habitudes sont ce qui nous permet de faire tant de choses à la fois, dans une journée, ou une vie.

      Tout à fait d’accord avec vous également lorsque vous dites que la liberté de choix est paralysante. Par exemple, je sais que 80 % des gens visitent toujours les mêmes trois sites Internet. Ils y trouvent ce qu’ils veulent. Je constate aussi que l’orientation à la fin de l’école secondaire n’a jamais été aussi compliquée. Ceci, à cause du choix phénoménal qui est proposé aux jeunes. Il est totalement crétin de proposer à un jeune de faire 20, 30 ou 50 voeux d’orientation. A ce niveau là, cela ne relève plus du choix, mais du jeu de hasard.

      En revanche, là où je ne suis pas d’accord avec vous, c’est quand vous nous soupçonnez de vouloir faire moderne et de dire qu’on innove plutôt que de tenter de le faire, ou en faisant semblant. Si je me suis engagée dans la conception et l’animation de ce Mooc, c’est précisément pour arrêter de dire qu’il faut diversifier les modes d’apprentissage d’un côté, et de continuer à faire comme d’habitude de l’autre. Et ne pensez surtout pas que je vous considère comme une souris🙂

      J’ai beaucoup de mal à écrire sur ITYPA, parce que je suis pleine d’incertitude. Et d’abord sur moi-même, ma capacité à me sortir d’une posture de formatrice dans laquelle je suis bien, dans laquelle je suis compétente, dans laquelle se sont forgées des habitudes de travail performantes. Ce qui signifie que les étudiants apprennent, je peux le vérifier, ils atteignent des objectifs d’apprentissage, ce qui renforce leur sentiment d’efficacité personnelle et accroît leur autonomie d’apprentissage. J’ai pourtant envie de sortir de cette position acquise à force de travail et de persistance au fil du temps, envie d’expérimenter autre chose en tant que formatrice, parce que j’ai suivi un Mooc l’année dernière et que l’expérience a été extrêmement positive pour moi, ainsi que pour des centaines d’autres personnes, selon leurs témoignages. J’ai trouvé dans ce format de cours un type d’apprentissage adapté à mon statut d’adulte autonome et expérimentée, qui n’a plus, mais alors plus du tout, envie de m’ennuyer à écouter des cours à la fac ou sur mon iPod, sans qu’il soit possible d’interpeller, de discuter, ni même de réfléchir. Dans ce Mooc, j’ai expérimenté le fait que les interactions finalement sont le contenu-même de l’apprentissage. J’ai testé par moi-même ce que je dis toujours à mes étudiants : personne ne sait « rien ». Tout le monde sait quelque chose. On ne sait jamais d’où viendra la bonne idée, celle qui provoquera une mise en mouvement et nous sortira de l’impasse.

      J’ai donc saisi l’occasion de construire ITYPA avec 3 collègues dont je partage les convictions, la curiosité et le goût de l’expérimentation, en me mettant au défi de mobiliser mes compétences professionnelles dans un format de formation complètement différent de ceux que j’utilise d’habitude. J’ajoute qu’il y a longtemps que j’envisageais de proposer une formation sur la construction des environnements d’apprentissage personnels, et pas nécessairement sous forme de Mooc. Il me semble que nous gémissons bien volontiers sur l’usage purement ludique que les jeunes font d’Internet, maus que nous ne sommes pas forcément plus brillants qu’eux, même si nous avons gagné en sérieux (paraît-il). Alors, que les plus faibles progressent grâce aux meilleurs, sans que les places de « faibles » et de « meilleurs » soient attribuées d’avance.

      Voilà pour la conviction. Maintenant, il reste à passer l’épreuve du réel. Et là, je suis dans le brouillard, comme vous. Pas toujours convaincue. Pleine d’inquiétude, n’ayant pas du tout envie de prouver une fois de plus que « la formation va aux formés »… Le Mooc populaire reste encore à inventer, c’est une certitude. Mais j’espère que celui-ci apportera son lot de leçons pour nous tous, et fera globalement avancer nos pratiques et nos utilisations de la toile.

      • Bonjour,
        Plusieurs choses me tracassent dans la lecture de ce billet et de la réaction qu’il a suscité.
        Tout d’abord, il s’agit d’un MOOC connectiviste qui n’est pas le seul mode de fonctionnement imaginable pour un MOOC. Ainsi, la plupart des problèmes soulevés ici sont spécifique aux modes d’enseignement collaboratifs ou inversé en général. Le modèle connectiviste se singularise encore par un point de vu jusqu’au-boutiste consistant à faire de la relation le support privilégier, voir unique de l’apprentissage. Le problème est que pour atteindre cet objectif, le modèle actuel préconise de ne pas rigidifier des objectifs d’apprentissage (que ce soit en termes de savoir ou de savoir-faire). Je suis en observation, car je ne trouve pas de groupe développant des intérêts qui me semble intéressant. Les productions actuelles ne sont que des reproductions sur les sujets qui m’intéressent. Je pense que d’autres modes de fonctionnements moins extrêmes seraient possibles et pourraient contenter les apprenants experts et les apprenants un peu moins à l’aise avec le principe de construire leurs parcours en même temps que de co-créer les contenus les intéressants.
        Ensuite, je suis un pragmatique, donc si quelqu’un n’a pas les mêmes motivations que moi (il est là pour se montrer, étaler sa science …) du moment que nous pouvons avancer en synergie, je m’en moque. Par contre, je ne partage pas vraiment le point de vu de Christine. Dans un processus nous sommes tous la souris de quelqu’un : au moins nous même ! Suivre un MOOC n’a rien d’évident et il n’y a probablement une façon unique de le faire (on a un outil, à nous de construire les pratiques qui vont avec). Mais il y a sans doute une chose qui est inévitable avec ce système, c’est de s’interroger sur son propre apprentissage. Participer n’est pas naturel s’il n’y a pas de groupes d’intérêts ou s’ils ne sont pas identifiés et s’ils n’ont pas déclaré d’objectifs communs. Parfois les groupes s’ignorent eux-mêmes et les autres participants ou les animateurs doivent leurs dire : « hé, mais vous avez un but à partager, au moins temporairement. ».
        Le modèle connectiviste à des préalables au MOOC. Auparavant, sous l’impulsion de Timothy Gowers au travers de son blog mathématique, un groupe de mathématiciens intéressés par une problématique ont commencé à discuter pour finir par produire une véritable contribution scientifique « commune » qui n’a pu se dégager qu’avec les relations qui se sont développées sur le blog. J’ai tendance à dire que c’est un exemple de papier connectiviste qui en est issu.
        Peut-on faire de même avec l’apprentissage ? J’ai envie de dire, comme Desproges l’a dit avant moi : Oui ! Mais pas avec n’importe qui. Il doit se dégager un leadership connectif locaux et temporaire : des participants capables de dégager des sujets fédérateurs à un moment donné et pour une partie suffisamment active des participants. Pour ça il faut des acteurs qui maitrisent bien leur méta-apprentissages (capables de se définir des objectifs et d’avoir des pistes pour réaliser ces objectifs). Je voudrais aussi rajouter à la desprogienne assertion : « Pas sur et pour n’importe quoi. ». Il faut que le thème et les objectifs (certifications, …) soient compatibles. La formation permanente semble un modèle idéal (tant qu’on n’attend pas une certification de compétences précises qui fixeraient trop fermement les objectifs pédagogiques pour ce modèle, mais je peux me tromper).
        Désolé pour la longueur et la confusion de ma contribution peu constructive.

  2. Pingback: [ITyPA] Premiers contacts avec un MOOC | ActionsFLE

  3. @oruatta : vous dites des choses dont nous sommes parfaitement conscients. Oui, le Mooc connectiviste n’est qu’un modèle de Mooc parmi d’autres. Pour le moment, nous n’en connaissons que deux, le Mooc connectiviste et le Mooc académique (Coursera, EdX, Udemy…) mais d’autres types vont sans aucun doute apparaître au fil du temps.
    Oui, il est difficile dans un Mooc de repérer les personnes avec lesquelles on partage des intérêts communs. D’où notre entrée progressive dans le sujet de l’EAP, de manière à ce que les participants commencent à trouver leurs points de repère.
    Pour ce qui est de produire ensemble, il me semble que ce que vous évoquez relève déjà de la communauté de pratique, et plus de la communauté d’apprentissage. Le sujet sera traité dans le Mooc ITYPA par l’un des plus actifs initiateurs de communautés de pratique francophone, Jean-Michel Cornu. Sachant que la création de communautés de pratiques à visée productive n’est pas le sujet central du Mooc ITYPA, qui est centré sur la construction de l’environnement d’apprentissage.
    Oui, évidemment, participer à un Mooc conduit à s’interroger sur ses propres pratiques d’apprentissage. Nos invités à la réunion en direct hier soir l’ont très bien dit. Et cette réflexion passe là encore par des chemins différents : certains préfèrent faire et s’interroger ensuite, d’autres vont mettre à plat leurs pratiques en écrivant, d’autres encore estiment qu’il n’est pas encore temps de mener cette réflexion et continuent de recueillir des informations…
    Nous avons hier soir, pendant la réunion en direct, lancé la réflexion sur les objectifs d’apprentissage.
    Des « leaderships connectifs locaux et temporaires » se dégagent déjà à la faveur d’ITYPA : il existe déjà plusieurs espaces fédérateurs initié par l’un des participants vite rejoint par d’autres. Ces espaces sont actuellement essentiellement consacrés à la curation. Mais on peut imaginer que d’autres orientations vont là encore être prises.
    Voilà. J’ai finalement trouvé pas mal de choses dans votre contribution « confuse et peu constructive », selon vos propres termes :-))

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