ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

Les jardiniers de l’apprentissage

12 Commentaires

Aujourd’hui, Caroline Jouneau, qui est enseignante, blogueuse et cette année étudiante en Master Architecture de l’information à l’ENS de Lyon, a réalisé une interview vidéo de l’équipe d’animation d’ITYPA.

À l’origine de cette entrevue, le souhait d’analyser, dans le cadre du module e-learning du Master pré-cité, le dispositif du Mooc ITYPA. Nous nous sommes donc retrouvés, Anne-Céline, Jean-Marie et moi (Morgan étant retenu par ses nombreuses et palpitantes activités ailleurs) dans un Hangout avec Caroline.

C’était la première fois que nous avions l’occasion de réfléchir ensemble devant un tiers au dispositif mis en place pour ce premier Mooc francophone. Par ses questions, Caroline nous a grandement aidés dans cette tâche. Tout au long de l’entrevue, nous avons constaté qu’il était difficile de raisonner sur un Mooc comme sur les autres dispositifs de formation en ligne. Car tous les fondamentaux de l’enseignement académique sont remis en question dans un Mooc connectiviste. Les Mooc académiques, les xMooc, sont d’ailleurs en train de changer : sur Coursera, on trouve maintenant des cours qui font une très large place aux productions des  participants et les encouragent à apprendre ensemble, sur un principe de communauté apprenante.

Un Mooc vit de manière cruciale grâce à la communauté (ou aux micro-communautés) qui se crée autour des différents sujets abordés, mais aussi grâce à son environnement. Il y a là des choses à creuser, pour mieux caractériser l’environnement d’un Mooc par rapport à ceux qui accueillent des communautés d’apprentissage d’autres genres. On constate que les fournisseurs de solutions LMS sont entrés dans la valse des Moocs, ne souhaitant évidemment pas laisser les institutions éducatives seules aux commandes de ce qui promet de se développer considérablement. Si l’environnement technique d’apprentissage est une donnée essentielle (notre choix de site « monacal », selon les termes de JM Gilliot, étant justifié par notre encouragement à publier à l’extérieur, sur le web public), l’environnement pédagogique l’est tout autant. En m’efforçant de décrire notre posture d’animateurs plutôt que d’enseignants sur le Mooc ITYPA, le terme de « jardiniers » m’est venu aux lèvres : nous ne poussons pas, nous faisons que les plantes poussent, que chacune se développe harmonieusement à côté des autres, que l’espace ne soit pas phagocyté par une espèce invasive, que le terreau soit suffisamment riche, que les intrants (bios, évidemment !) ne grillent pas les petites pousses, que l’eau soit distribuée en fonction des besoins… Je pourrais filer la métaphore encore beaucoup plus loin, mais je m’arrête là. L’animateur d’un Mooc doit porter la plus grande attention à l’environnement des apprentissages. Cela passe moins par un souci esthétique, trop présent à mon goût dans l’offre logicielle éducative, la forme prenant la place du fond, que par le souci de faciliter la circulation, les connexions, la sérendipité. En cela, notre environnement ITYPA ressemble plus, comme l’a justement dit Caroline, à un jardin anglais qu’à un jardin à la française. Le jardin anglais n’est pas rangé, ordonné comme un jardin à la française. Lorsqu’on chemine entre les plantes, on a parfois l’impression que le jardinier est parti en vacances. Il faut s’éloigner un peu pour saisir le plan d’ensemble du jardin anglais. Le voir de haut, depuis le perron du manoir🙂

Les systèmes éducatifs formels ressemblent, jusqu’à la caricature, à un jardin à la française dont toutes les plantes chercheraient à s’échapper, épuisant les jardiniers dans leur tentative de contrôle inévitablement vouée à l’échec.

Trouver le juste milieu entre la jungle et le jardin à la française, belle ambition pour les Moocs.

Voici la vidéo de l’entretien.


photo : ukgardenphotos via photopin cc

Auteur : Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

12 réflexions sur “Les jardiniers de l’apprentissage

  1. Merci de ce très bel échange. Oui cela donne envie de cultiver son jardin de façon collective et « à l’anglaise », la différence est très claire.

    Très intéressantes ces « ornières » creusées par l’apprentissage « classique » que vous pointez dans le dialogue comme la peur du zéro, ou l’inquiétude de ne pas être « écouté » ou lu, complètement en phase avec les réalités quotidiennes. Cela empêche nos propres apprentissages en bloquant notre expression. C’est pourtant à partir de notre expression et de l’écho qui en revient que nous nous construisons.

    L’apprentissage social et le connectivisme demandent une vraie souplesse pour se laisser aller au fil de l’eau des apprentissages, combien d’obstacles posés ou intériorisés entravent le courant !
    Bon, on en revient à Voltaire « Il faut cultiver son jardin » !

    • Voici mon identité, cachée derrière akismet… Le « profil Gravatar » me joue des tours, heureusement j’en ai plus d’un dans mon sac😉

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  4. Très éclairante, cette interview. Voilà un bon terreau pour nos réflexions autour de l’apprentissage, et encore plus, me semble-t-il, de l’enseignement … Merci de nous l’avoir fait partager !

  5. Merci de nous avoir ouvert les portes des coulisses de la jardinerie du savoir.
    Imaginez-vous l’effet qu’entraîne de voir des facilitateurs heureux ?
    Facilitateur, Voilà une avancée de plus me concernant par apport au tutorat.
    Je n’oublierai pas de remercier Caroline qui est à l’origine de cette interview, qui à mon avis, aurait très bien pu faire l’objet d’une synchro, par la richesse des informations sur le MOOC, le connectivisme, l’apprentissage, etc.
    Bonne continuation à tous

  6. Merci pour ce partage des coulisses de votre processus Itypa auquel j’aurais aimé m’associer… (Vu un peu trop tard). Cela dit, je trouve que plus que des jardins anglais, votre démarche est plus proche de la permaculture. Il y a une sauvagerie productive qui est très prolifique, il me semble. Je trouve que ce que dit Christine va très fort dans ce sens. Et ça me parle… moi qui cherche à migrer vers cette pratique potagère.
    Vers 30′ : intéressant ce retour sur l’usage des blog et rss ! Pour certains dont je suis, ouvrir un blog (ou un etherpad), c’est pareil à sortir une feuille de son bloc-papier pour brouillonner. Mais c’est vrai, tout le monde n’y est pas encore. Et surtout, comme le dit Caroline : laisser voir son travail à l’état de WIP (work in progress), pas encore évident. Et donc… Itypa généralisable ? La première session, outre qu’elle rassemble bcp d’enseignants, est sans doute aussi suivie prioritairement par des pionniers (oui, bon… pas tous les 1000 direz-vous)… Mais c’est un peu classique, ce genre de Recherche action pilote.
    38′ : Jean-Marie : on apprend mieux en partageant ! Oui… bien sûr. C’est ce qu’il faut faire percevoir au système scolaire. Le grand retour de l’écrit, donc !
    Sur l’évaluation de ses progrès : » J’y arrive, donc ça a marché » (le processus d’apprentissage)… Certes, mais aussi : Ca n’a pas marché… j’ai donc appris quelque chose. Métacommuniquer sur essais (réussis) et erreur.. je suis assez d’accord avec le commentaire de Caroline. Et comme le dit Anne-Céline… conceptualiser ce que j’ai finalement appris en le faisant… assez naturellement, (pas toujours le coeur de cible de nos objectifs, c’est vrai).

    Ah, les jardins partagés ! C’est bien dans l’air du temps.

    Merci aux organisateurs de chaos que vous êtes🙂

    • ah, la permaculture ! J’ai tout à apprendre sur le sujet. Je devine d’après votre commentaire qu’il s’agit de cultiver du sauvage ? Mais, grande question, le sauvage dans un cadre, aussi large et libre soit-il, est-il encore sauvage ?
      Sur l’évaluation de ses progrès : 100 % d’accord. L’erreur ou l’inachevé ne sont pas assez exploités dans les apprentissages, malgré tous les discours sur l’évaluation formative. A la limite, je dirais que si je parviens du premier coup à réaliser quelque chose et à reproduire régulièrement ce résultat, c’est que je n’avais pas grand chose à apprendre, j’avais déjà l’essentiel.
      Conceptualiser ce que j’ai appris en faisant : c’est la clé de l’apprentissage par l’expérience.
      Quel beau jardin partagé😉

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