ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc

La routine est-elle un défaut ?

7 Commentaires

Je viens de lire le billet de Jean-Marie, lié à une conversation que nous avons eue voici quelques jours.

La Mooc ITyPA serait devenu routinier pour certaines parties, tant au niveau des apprenants qu’à celui des animateurs. Ceci, parce que certaines tâches demandent moins d’effort qu’au début (ouf), parce que l’écriture apparaît moins urgente, que nous ne sommes plus dans l’excitation des débuts mais dans quelque chose qui tourne. Que nous n’avons plus (ou moins) besoin d’y passer nos jours et nos nuits pour que ça tourne. Jean-Marie semble repérer le même sentiment chez les participants, qui écrivent moins (ah bon ?), moins nombreux. La communauté se resserre. Nous ne sommes plus capables d’intéresser des personnes nouvelles et parmi ceux qui étaient là depuis le début, certains sont bien silencieux.

Bref, le Mooc ITyPA serait devenu « normal ». Jean-Marie a l’air déçu.

Si le Mooc était…

Si le Mooc était un jardin (voir mon billet précédent), il se préparerait à passer l’hiver.

Si le Mooc était un meuble à construire, nous en serions sans doute à passer les couches de vernis. Une couche – on attend que ça sèche – on ponce – une autre couche – on attend que ça sèche – on ponce – etc.

Si le Mooc était la saga Harry Potter, nous serions à la fin du tome 5, dans les longs développements qui font comprendre que Harry grandit et qu’il ne comprend plus rien, qu’il est plein d’incertitudes.

L’acte créatif est passé. Les premiers essais, réalisés le coeur battant de peur que ça ne marche pas, aussi.

En refusant la posture du prof qui finalement, ne se pose pas la question de savoir quelle est la partie la plus intéressante de son cours, aurions-nous endossé les habits d’animateur de spectacle ? De réalisateur de film ?

Défricheurs contre organisateurs de comptoirs

Je vois dans la posture de Jean-Marie celle du défricheur, celui qui ouvre des voies à la machette et trépigne dans le bateau qui aborde des rivages inconnus.

Personnellement, je me vois aussi dans la posture de celle qui va installer les comptoirs (des comptoirs coopératifs, évidemment !), faire que tout l’effort consenti rapporte quelque chose, régulièrement. Et là, la complexité commence. Les tâches ingrates aussi.

Mais attendez : il se passe encore beaucoup de choses sur ce Mooc. Simplement, les tâches du début sont devenues plus simples. Elles se sont routinisées, ce qui est indispensable si on veut libérer son esprit pour des choses plus complexes, qui donneront des résultats à moyen terme.

Puisque décidément j’aime bien les métaphores, je dirais que je suis au volant d’une voiture. Depuis le temps que je conduis, je n’ai plus besoin de me concentrer sur les opérations qui permettent à la voiture d’avancer (mettre le contact, passer les vitesses -ah non, j’ai une voiture automatique-, signaler les changements de direction, freiner quand c’est nécessaire, etc. ); je peux me concentrer sur le choix du meilleur chemin pour arriver à destination (ce qu’un élève préparant son permis de conduire ne peut absolument pas faire), et même discuter avec mes passagers. Mais je n’ai pas oublié les opérations désormais routinisées : en cas de besoin, je peux freiner sec, faire un créneau compliqué, etc.

Sans routine, pas de place pour la complexité

Et dans le Mooc, il me semble que nous sommes arrivés à une étape remplie de complexité. Les apports venus de toutes parts s’accumulent, je ne parviens plus à synthétiser rapidement dans quelques formules simples. Je vois du Mooc partout : spontanément, mon esprit tente d’appliquer le schéma du cours libre et ouvert en grand groupe à toutes sortes de situations d’enseignement et de formation. Je suis passionnément les échanges et productions collaboratives d’un groupe de participants engagés dans les pad ITyPA. Je lis toujours des billets intéressants, déroutants, stimulants. Je participe à des discussions sur la liste « observateurs » (en gros, des enseignants-chercheurs) d’ITyPA. J’essaie, et ce n’est pas facile, de donner envie à tout le monde de capitaliser, de faire de cette expérience un objet utile à tous ceux qui voudront à leur tour se lancer dans la mise en place de Moocs. Et je sis certaine que beaucoup de participants ont une activité mooquienne au moins aussi dense.

Tout cela est peu visible. Et je suis bien d’accord avec Jean-Marie sur le fait que nous devons trouver des idées d’activités qui relanceront l’attention et l’envie de partager. Mais de grâce, pas une par jour. Laisse-nous le temps de travailler dans l’ombre, sur des sujets à explorer dans la durée. Et ne t’en fais pas, quand on montrera, tous, les résultats, ça va faire des feux d’artifice.

photo credit: NicolasD. via photopin cc

Auteur : Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.

7 réflexions sur “La routine est-elle un défaut ?

  1. Non Christine, je ne suis pas déçu🙂 bien au contraire.
    Pour continuer dans les métaphores, le sportif débutant s’amuse en découvrant une nouvelle activité, mais pour continuer à progresser il lui faudra rentrer dans une routine durant laquelle sa progression sera moins visible, mais qui seule lui permettra d’acquérir un bon niveau.

    Comme toi je pense que la routine est une phase normale, souhaitable d’une activité long terme, mais c’est bien un changement dans le déroulement. Et que cela permet de se concentrer sur le meilleur, de prendre le temps.

    Dans mon billet, cela se mélange avec une autre préoccupation, qui est de permettre aux gens de se poser, de prendre du recul et de se sentir légitimes pour revenir dans la discussion. C’est une autre forme de routine, que je soulignai et qui me semble faire partie du dispositif.

    • Hum. On dirait bien alors que nous sommes à la fin du tome 5 d’Harry Potter. Qui préparait l’apothéose du tome 6, le tome final🙂

  2. Et si notre communauté MOOC entrait dans sa phase « adolescente » ? Mutations internes – voire intestines, grande fatigue, interrogations, un peu de grognonerie, chute de la créativité – bref, classe de 4ème, quoi 🙂
    Mais vu la vitesse de l’évolution de la bête (je parle toujours de la communauté), l’état adulte ne devrait pas tarder ?
    (Je me réfère bien sûr aux propos de Jean-Michel Cornu – que je n’ai pu écouter que hier soir … vive le différé !)
    Bref, attendons que l’imago déploie ses ailes, nul doute qu’il nous éblouira (finalement, de métaphores en métaphore, on arrive toujours à la même conclusion.)
    Françoise (devinez mon surnom ? merci Bobby …)

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  4. Pour continuer dans la métaphore sportive, je pense que le MOOC est une course de longue haleine. Certains partent sur un rythme élevé pour combler certaines lacunes et s’essoufflent un peu à mi parcours, d’autres accrochent sur un seul sujet et prennent conscience progressivement de la globalité de la thématique… Certains travaillent à leur rythme en fonction de leur disponibilité ou de leur date d’entrée dans le MOOC, et sont par conséquent décalés du reste du groupe. D’autres attendent de ce MOOC , une aventure purement collaborative… Bref, il est difficile pour tout ce petit monde d’évoluer ensemble. A vérifier également , combien d’entre nous ont pu déterminer leurs objectifs d’apprentissage et su les faire évoluer au fil des semaines ?

    La capitalisation et le partage d’expérience (sujet de la semaine prochaine) doivent nous permettre de se retrouver autour d’un pack soudé, échanger les moments forts avec beaucoup de générosité et pousser fort avec ténacité pour transformer ce bel essai !

  5. personnellement, je suis un intermittent du MOOC en fonction de dispos trop rares. Heureusement qu’il y a l’agenda du MOOC qui me permet de planifier la vacation du jeudi sur le mien !

    Cette semaine j’aurais aimé un système de participation simple et large comme un sondage, qui aurait pu constituer un élément pour nourrir la rencontre de demain, d’autant que j’ai un peu de mal avec les questions. Mais puisque je suis réactivé (via twitter, ca ne s’invente pas), je vais poser une question !

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