ITyPA, un Mooc vu dans les coulisses

ou comment s'est monté ce Mooc


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La routine est-elle un défaut ?

Je viens de lire le billet de Jean-Marie, lié à une conversation que nous avons eue voici quelques jours.

La Mooc ITyPA serait devenu routinier pour certaines parties, tant au niveau des apprenants qu’à celui des animateurs. Ceci, parce que certaines tâches demandent moins d’effort qu’au début (ouf), parce que l’écriture apparaît moins urgente, que nous ne sommes plus dans l’excitation des débuts mais dans quelque chose qui tourne. Que nous n’avons plus (ou moins) besoin d’y passer nos jours et nos nuits pour que ça tourne. Jean-Marie semble repérer le même sentiment chez les participants, qui écrivent moins (ah bon ?), moins nombreux. La communauté se resserre. Nous ne sommes plus capables d’intéresser des personnes nouvelles et parmi ceux qui étaient là depuis le début, certains sont bien silencieux.

Bref, le Mooc ITyPA serait devenu « normal ». Jean-Marie a l’air déçu.

Si le Mooc était…

Si le Mooc était un jardin (voir mon billet précédent), il se préparerait à passer l’hiver.

Si le Mooc était un meuble à construire, nous en serions sans doute à passer les couches de vernis. Une couche – on attend que ça sèche – on ponce – une autre couche – on attend que ça sèche – on ponce – etc.

Si le Mooc était la saga Harry Potter, nous serions à la fin du tome 5, dans les longs développements qui font comprendre que Harry grandit et qu’il ne comprend plus rien, qu’il est plein d’incertitudes.

L’acte créatif est passé. Les premiers essais, réalisés le coeur battant de peur que ça ne marche pas, aussi.

En refusant la posture du prof qui finalement, ne se pose pas la question de savoir quelle est la partie la plus intéressante de son cours, aurions-nous endossé les habits d’animateur de spectacle ? De réalisateur de film ?

Défricheurs contre organisateurs de comptoirs

Je vois dans la posture de Jean-Marie celle du défricheur, celui qui ouvre des voies à la machette et trépigne dans le bateau qui aborde des rivages inconnus.

Personnellement, je me vois aussi dans la posture de celle qui va installer les comptoirs (des comptoirs coopératifs, évidemment !), faire que tout l’effort consenti rapporte quelque chose, régulièrement. Et là, la complexité commence. Les tâches ingrates aussi.

Mais attendez : il se passe encore beaucoup de choses sur ce Mooc. Simplement, les tâches du début sont devenues plus simples. Elles se sont routinisées, ce qui est indispensable si on veut libérer son esprit pour des choses plus complexes, qui donneront des résultats à moyen terme.

Puisque décidément j’aime bien les métaphores, je dirais que je suis au volant d’une voiture. Depuis le temps que je conduis, je n’ai plus besoin de me concentrer sur les opérations qui permettent à la voiture d’avancer (mettre le contact, passer les vitesses -ah non, j’ai une voiture automatique-, signaler les changements de direction, freiner quand c’est nécessaire, etc. ); je peux me concentrer sur le choix du meilleur chemin pour arriver à destination (ce qu’un élève préparant son permis de conduire ne peut absolument pas faire), et même discuter avec mes passagers. Mais je n’ai pas oublié les opérations désormais routinisées : en cas de besoin, je peux freiner sec, faire un créneau compliqué, etc.

Sans routine, pas de place pour la complexité

Et dans le Mooc, il me semble que nous sommes arrivés à une étape remplie de complexité. Les apports venus de toutes parts s’accumulent, je ne parviens plus à synthétiser rapidement dans quelques formules simples. Je vois du Mooc partout : spontanément, mon esprit tente d’appliquer le schéma du cours libre et ouvert en grand groupe à toutes sortes de situations d’enseignement et de formation. Je suis passionnément les échanges et productions collaboratives d’un groupe de participants engagés dans les pad ITyPA. Je lis toujours des billets intéressants, déroutants, stimulants. Je participe à des discussions sur la liste « observateurs » (en gros, des enseignants-chercheurs) d’ITyPA. J’essaie, et ce n’est pas facile, de donner envie à tout le monde de capitaliser, de faire de cette expérience un objet utile à tous ceux qui voudront à leur tour se lancer dans la mise en place de Moocs. Et je sis certaine que beaucoup de participants ont une activité mooquienne au moins aussi dense.

Tout cela est peu visible. Et je suis bien d’accord avec Jean-Marie sur le fait que nous devons trouver des idées d’activités qui relanceront l’attention et l’envie de partager. Mais de grâce, pas une par jour. Laisse-nous le temps de travailler dans l’ombre, sur des sujets à explorer dans la durée. Et ne t’en fais pas, quand on montrera, tous, les résultats, ça va faire des feux d’artifice.

photo credit: NicolasD. via photopin cc

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